09 mai 2013
Si j'étais enseignante, prise 2
10 février 2013
Parent-roi à la une: des explications
Preuve que je ne suis pas une vraie reine, la mise en scène, avec la couronne et le père à l’écart, a été décidée par le photographe. On n'était pas d'accord, mais on n'a rien dit. De vrais valets.
Je me définis comme un parent-roi, en comparaison aux parents des générations précédentes qui n’intervenaient pas, ou presque, dans l’éducation de leurs enfants. Mais dans les faits, je suis un parent de la génération X et pour les enseignantes de mes filles, un bon parent tout simplement.
Je suis un parent-roi qui ne dérange pas trop l’école, parce que mes valeurs sont compatibles avec celles du système de l’éducation. J’ai l’éducation à cœur et, la plupart du temps, je laisse les enseignants faire leur travail. Par contre, contrairement aux parents d'il y a 25 ans, mon conjoint et moi croyons que c’est à nous de voir à l’éducation de nos enfants. Le goût de la lecture, la curiosité et la culture générale, pour nous, c'est à la maison que ça se passe.
Quand mon aînée était en première année, je me faisais une joie de participer à la vie de son école. J’accompagnais les enfants aux sorties scolaires, je suggérais des livres, des conférenciers et des activités éducatives à son enseignante. Avec le recul, cela ne devait pas être facile pour elle de gérer mon enthousiasme. D'autant plus que je n’étais pas la seule qui «voulait trop » participer. Un parent qui suggère des trucs et qui a des idées, c’est bien. Trente, c’est lourd. Mais nous, les parents, on ne le réalise pas toujours.
Si quelque chose ne va pas avec mon enfant, je n’hésite pas à communiquer avec la direction de l’école. Par écrit. C’est mon métier d’écrire. Alors entre un courriel, l'agenda de mon enfant ou le téléphone, le choix est vite fait. En dix ans, j’ai dû écrire à l’école deux fois. Cela me semble acceptable, mais parions que ces courriels ont fait jaser dans la salle des profs.
À la maison, par contre, j’agis en souveraine un peu plus souvent. Je n’en suis pas fière, mais c’est la réalité. Par exemple, si l'enseignante écrit « jeudi, le 24 septembre », j’exige que ma fille écrive «le jeudi 24 septembre ». Elle peut m’obstiner des heures que ce n’est pas comme ça que madame machin l’écrit, je lui répète que je veux que ce soit écrit correctement, pas l'opinion de madame machin.
Reprendre l’enseignante devant nos enfants, même à la maison, c'est agir de la même manière que le parent qui dit « ton enseignante exagère, ne fais pas ce travail débile ». On se place en position de supériorité, ce qui fait perdre de la crédibilité à l’école aux yeux de notre enfant. Je sais que ce n’est pas correct, mais mon conjoint et moi sommes incapables de laisser passer une erreur, qu'elle soit en histoire, en français ou en mathématiques. Aller souligner la faute à l’enseignante? Hors de question. J'ai déjà encerclé les fautes dans les questions d'un examen de mon enfant et cela n'a rien apporté de bon, sinon nuire à ma relation avec l'enseignante. Mon objectif n’est pas d'embarrasser qui que ce soit, mais que mes filles écrivent correctement.
Il m’arrive encore de corriger quelques fautes de français devant mes enfants, mais je n’agis plus en parent-roi. Je ne vais plus jamais à l'école. Pas que je sois guérie, mais je n’ai plus le temps. Je me surprends à manquer certaines rencontres de parents et j’oublie même de signer les examens de mes filles. Avec quatre enfants, la microgestion est devenue impossible. Et vous savez? Mes enfants ne s’en portent pas plus mal!
Ma définition d'un parent-roi n'est pas celle d'un mauvais parent. Le parent-roi est interventionniste. Il intervient parfois trop, inutilement ou maladroitement. Il intervient quand il juge qu'il le faut, mais son jugement n'est pas toujours bon. Si les parents que nous sommes sont considérés comme des petits monarques par l'école, je crois que la direction devrait mettre ses culottes, donner des directives claires et imposer des sanctions aux parents qui abusent.
18 avril 2012
Travail autonome: apprivoiser la solitude
Mon métier est différent. Mais quand Marguerite parle de la perdition de soi dans la maison, je sais. Je sais l’ennui et la folie qui me guettent. Livrée à moi-même, sans collègue, ni patron, le délire personnel devient inévitable.
28 mars 2012
Le droit de rêver
D’un point de vue gestionnaire, les revendications des étudiants ne tiennent pas la route. L’augmentation, à terme, de 1 625$ par année est raisonnable et les conséquences financières d’une session d’études perdue sont beaucoup plus dramatiques que l'endettement supplémentaire causé par la hausse des frais de scolarité. Quand on y pense, le report d'un diplôme retarde d'un an l'entrée des jeunes sur le marché du travail et entraîne non seulement l'endettement d'une année d'études supplémentaire, mais aussi la perte d'une année de salaire complète.
Ma génération raisonne ainsi.
Jeunes nous calculions déjà tout. Si, dans leur jeunesse, nos parents voulaient un pays pour la survivance de notre langue et de notre culture, nous, les jeunes X, le rêvions comme un mode de gestion.
Aujourd’hui, nous voilà devant une génération qui ne calcule pas, ou à tout le moins, pas de la même manière. Le devenir qu’elle propose n’est pas tant fondé sur des colonnes de chiffres, que sur la solidarité, la justice, la coopération et l’égalité.
Les jeunes revendiquent le droit de rêver l’État et sont manifestement prêts à alourdir leur endettement personnel pour y arriver. Pour emprunter les mots de Riccardo Petrella dans Désir d’humanité, ils « sortent du champ de liberté limité dans lequel la culture gestionnaire sous-jacente à la politique du possible veut les enfermer ». Ils sortent du cynisme politique ambiant et affichent une ambition idéologique pour le Québec.
Vous vous dites que la gratuité scolaire est une utopie que le Québec n’a plus les moyens d’entretenir? Peut-être, mais comme le dit si bien Petrella, on ne peut pas stériliser le rêve en le réduisant au « rêve du possible ».
Bloquer la hausse des frais de scolarité, c’est se redonner le droit de rêver le Nous. C’est participer à une synergie de tous les rêveurs, comme il ne nous a pas été donné d’en vivre depuis trop longtemps.
Ni la gauche, ni la droite ne disent plus au pays ce à quoi il a encore le droit de rêver, ce à quoi il pourrait aspirer, ni comment il pourrait mieux répartir ses richesses, disait Jacques Attali dans La Voie humaine. Orphelins d'un idéal marxiste ou libéral, les jeunes réinvestissent l’espace public et découvrent la force de l’action collective. Ils reprennent ce même rêve d’une société plus juste et équitable, qui a poussé tant de politiciens actuels dans l’arène.
Les jeunes découvrent la force du rêve.
Que l’on soit de droite ou de gauche, le dégel des frais de scolarité serait une grave erreur. Leur refuser le droit de rêver est un luxe que le Québec ne peut pas se payer.
Bloquons la hausse.